Les films

 

Les films

Pulp Fiction

États-Unis. 1994. 2h29. VOST.
Avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman …

En termes d’influence, peut-être le film le plus important de ces trente dernières années. Construction virtuose d’un labyrinthe narratif au sein duquel il arrive au récit de passer deux fois par le même point du temps ; chassé-croisé d’un grand nombre de personnages interprétés par des acteurs célèbres ou sur le point de le redevenir (Bruce Willis, Uma Thurman, Samuel L. Jackson, John Travolta, Harvey Keitel…); dérapages contrôlés du dialogue le plus trivial à la violence la plus crue ; humour et cruauté, érudition et sang, littérature et barbarie : tout cela a fait et continue de faire le culte de Pulp Fiction. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le film apparaît moins fou, plus réfléchi qu’à l’époque. Sa mise en scène, en particulier, est d’une grande rigueur. Et à l’approche de la fin, dans le chapitre intitulé « The Bonnie Situation », Tarantino filme un miracle, un vrai. Très différent de ceux de Bresson, Rossellini ou Dreyer, mais ayant sa place à leur côté.

 

Boulevard de la mort

États-Unis. 2007. 1h50. VOST.
Avec Kurt Russell, Rosario Dawson, Zoë Bell …

Seul échec commercial de Tarantino à ce jour. Le film dont il préfère ne pas parler, aux Etats-Unis en tout cas. Il faut dire que le projet était casse-gueule. En hommage aux doubles programmes horrifiques des années 1970, accoler deux longs métrages, l’un de QT et l’autre de son ami à stetson, Robert Rodriguez. Compléter l’opération pastiche par une salve de bandes-annonces sanglantes pour d’autres longs métrages appelés à ne jamais voir le jour. Afin de corser le tout, signer soi-même un diptyque à l’intérieur du diptyque, ce Boulevard de la mort – Death Proof en véo – où deux parties symétriques se répondent du tac au tac. Deux bandes de filles. D’un côté elles parlent, de l’autre elles agissent. Ici la langue, là la route. Dialogue, action. Défaite, victoire. Avec des deux côtés un tueur en série fétichiste du pied interprété avec gourmandise par Kurt Russell. Et pour sauter de la première partie à la seconde, quoi ? Le cœur même de l’art tarantinien. Sinon la résurrection elle-même, la capacité prêtée au cinéma, et à lui seul, de dédoubler les incarnations et dès lors de répéter à neuf, donc de venger. Un échec ? Une réussite au contraire, et parmi les plus éclatantes.

 

Once upon a time in … Hollywood

États-Unis. 2019. 2h41. VOST.
Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie …

Dernier long métrage à ce jour de Tarantino. Son neuvième, et donc son avant-dernier, puisqu’il s’est engagé à n’en réaliser que dix. Le plus ample et le plus majestueux : le meilleur. Son chef d’œuvre. En quoi donc ? C’est la première fois – on pourrait s’en étonner – que le cinéaste parle de ce qu’il connaît le mieux et aime le plus : le cinéma et son monde, Hollywood, ses studios, ses légendes et ses seconds couteaux, ses plateaux et ses arrière-plans. Il le fait à travers trois merveilleux personnages dont chacun récapitule un certain type d’incarnation. Rick Dalton, Leonardo Di Caprio : acteur en perte de vitesse, ex-bellâtre qui bégaie quand il est ému et saute de même de rôle en rôle à la recherche du bon, celui qui lui correspondrait enfin. Cliff Booth, Brad Pitt : cascadeur impassible, charmante brute indifférente quant à elle aux pièges de la représentation, figure indépassable et volontiers terrifiante de l’identité à soi. Sharon Tate : actrice et femme enceinte, figure touchée par la grâce du dédoublement, reine à la fois de la représentation et de la réalité, puisqu’elle existe aussi bien historiquement que sous les traits de celle qui l’interprète, Margot Robbie. A la fin, grâce à Cliff, une grille s’ouvre devant Rick, qui peut enfin rencontrer Sharon : tout, soudain, s’accorde. Jusqu’à la prochaine fois ?