Kings

De Deniz Gamze Ergüven. France. Étas-Unis. 2018. 1h32. VOST.
Avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker …

Horaires du 18 au 24 avril

Mer: 16h15 | 18h15 | 20h15
Jeu: 14h00 | 16h00 | 18h15
Ven, Mar: 14h00 | 18h15 | 20h00
Sam, Dim: 16h15 | 18h00 | 20h15
Lun: 12h00 | 14h00 | 18h15

Vertigineux second long-métrage de Deniz Gamze Ergüven, après le très remarqué Mustang, car c’est en dirigeant Halle Berry et Daniel Craig – excusez du peu ! – que la jeune cinéaste franco-turque a tourné Kings. Avouons-le, nous tombons parfois dans l’anti-américanisme primaire à l’Eldo et nous avions donc peur qu’Hollywood ne la détournât de sa liberté formelle, comme tant de réalisateurs européens brillants, devenus des tâcherons de l’industrie américaine, certes doués mais gagnant en budget ce qu’ils perdaient en créativité. Nous voilà pleinement rassurés, Kings ressemble à son auteur et se révèle tout aussi passionnant que Mustang, sinon plus abouti encore !
Situé dans les derniers jours d’avril 1992 à Los Angeles, le film suit, non pas en les reconstituant mais plutôt en évoquant leur atmosphère à la manière impressionniste, les journées de fortes tensions puis d’émeutes dans le quartier afro-américain de South Central. Vous aurez compris que le contexte historique est explosif et pourtant, malgré l’intensité du sujet, Deniz Gamze Ergüven parvient à dévider les fils délicats de cette bien lourde pelote, tressant l’histoire fictionnelle d’une famille habitant ces quartiers traversés par la rage et la révolte.
C’est donc le trajet de Millie que l’on suit (géniale Halle Berry), maman d’une large famille composée pour la plupart d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. Tous vivent comme ils peuvent autour de cette mère aimante qui déborde d’énergie. Flanquée d’un voisin blanc (le seul du quartier manifestement), sorte d’animal misanthrope qui finit par s’adoucir, campé avec malice par Daniel Craig, la grande famille semble couler des jours plutôt heureux malgré la tension qui règne dans la rue. La vie de la maison est magnifiquement filmée, la caméra est légère, les pièces sont pleines de biberons, de jouets en vrac et de bisous matinaux, comme si l’endroit était dans l’œil du cyclone. Une zone de calme, d’une poignante fragilité au milieu d’un monde en train de craquer. Car en effet les images du passage à tabac de Rodney King, aujourd’hui devenues symbole planétaire, et la retransmission du procès des policiers l’ayant agressé, occupent les écrans de télé et tous les esprits. La mécanique de l’embrasement se met en place.
L’étincelle viendra le jour de la relaxe des policiers, inconséquente décision de justice guidée par un racisme institutionnel. Une émeute, plus puissante encore que celle de Watts (en 1965 déjà à Los Angeles) éclate pendant 6 jours et 6 nuits. Kings montre tout cela, de l’escalade des tensions à la nécessaire explosion d’une communauté poussée à bout, en entremêlant les errances de Millie et celles de son fils aîné (lui qui va devenir adulte en une nuit et en payer le prix) et l’anarchie de la foule révoltée.
La fluidité des trajectoires, cette façon de mobilité qu’avait déjà Mustang, Kings en est empli jusqu’à la virtuosité. Le cercle de la maison familiale se superpose au cercle du quartier, passe par les boucles télévisuelles et vient se reformer dans les itinéraires émeutiers. La question que pose Deniz Gamze Ergüven est cruciale : comment rendre compte d’événements passés sans en altérer l’actualité politique et sans les embaumer façon fresque historique poussiéreuse ? Et, c’est aussi une originalité du film, comment faire du cinéma à partir d’un événement qui a déjà été abondamment filmé et documenté visuellement ? Kings trouve des réponses très belles à ces questions, grâce à ce subtil entrelacs de fiction et d’images d’archives qui dialoguent très précisément, la fiction n’étant jamais ridicule face à l’ampleur des faits historiques, bien au contraire.
De ce brasier n’est pas né le monde nouveau, nous le savons. Mais du prochain rien n’est moins sûr…  De la victime Rodney King, nous spectateurs, nous glissons soudain aux « kings » du titre, assoiffés de reconquête, rois souverains de nous-mêmes, grandis des combats d’hier et pleins de la révolte qui s’ouvre là-bas comme ici. Une révolte pour adoucir et soigner un peu le monde, à l’image des bienfaits de Millie.

La bande annonce ICI

Le dossier de presse ICI

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