La cure

De Simon Rembado et Clément Schneider. France. 2020. 1h21.
Avec Simon Bougrade, Sarah Brannens, Étienne Durot…

Séances du 15 au 21 septembre

Jeu: 19h30
Ven: 13h00
Mar: 19h00

Si La Cure intègre avec brio aussi bien les ressorts du vaudeville, que ceux d’une sitcom à l’eau de rose, Clément Schneider, réalisateur du très beau Un violent désir de bonheur, et Simon Rembado installent, dans une économie de moyens qui ne cède rien au détail, une forme de théâtre de la cruauté où la volonté professée haut et fort d’aimer ou d’être aimé n’accouche que de petits crimes au quotidien : méchanceté, lâcheté, indifférence, dénis…. Le verbe s’y déploie cru dans un jeu de réparties vif et mordant. Au dehors, hors-champ, le monde menace, bouleversé par l’épidémie et travaillé par des crises politiques et sociales à répétition. Les personnages se sont réfugiés dans une maison familiale en rase campagne. Ni façonnés dans une veine naturaliste, ni travaillée par la distanciation bressonnienne, tous incarnent un type : thésard éternel, artiste raté, militante dépressive, maîtresse parvenue, … Et tous composent l’image âpre d’une classe sociale protégée et égoïste, plutôt que celle d’une grande fa-mille où chacun n’aurait de cesse de prendre soin de l’autre. Comme une bouffée délirante de ce hors-champ grondant, Kevin porte une image caricaturale du peuple, celui que l’on se plaît à se représenter mais qui n’est pas rencontré. Cadrages resserrés, absence de perspective et plans rapprochés sur des visages fermés que déride rarement un sourire : chacun reste dans sa bulle, au bord de l’implosion. Coupés du monde, les personnages – portés par une troupe sur mesure dont l’excellence de la performance est impressionnante, se retrouvent surtout coupés d’eux-mêmes. Huis-clos corrosif qui emprunte sa trame narrative aux Enfants du Soleil de Gorki (1905), La Cure est la mise en scène satirique d’un repli sur soi et d’un terrible dysfonctionnement affectif comme résultantes ou causes d’une désaffection politique. Demeure au fond quelque chose d’indécidable : en rire ou en pleurer. Impossibles à aimer, on ne peut pourtant franchement les détester, au risque d’abhorrer l’image que peut-être nous pourrions reconnaître dans le miroir qui nous est habilement tendu. (Claire Lasolle pour le FID)

Bande annonce