Le Vénérable W.

De Barbet Schroeder. France. 2016. 1h40. VOST.
Avec Barbet Schroeder, Bulle Ogier…


Horaires du 21 au 27 juin :

Mer, Sam: 21h15
Jeu, Ven: 14h00
Dim, Lun, Mar: 12h00

Barbet Schroeder part à Mandalay, en Birmanie, où il découvrit, à 20 ans, le bouddhisme. Une religion qui apprend à vivre sans haine. S’il n’a pas perdu la foi, le cinéaste ne croit cependant plus aux miracles. Le but de son voyage est de rencontrer un moine qui, tel un pompier pyromane, allume des incendies, attise les flammes d’un fanatisme meurtrier : le vénérable et pourtant détestable Wirathu. Sous ses allures de bonze, c’est un être tout entier voué à la persécution et à l’extermination d’une population (les musulmans de Birmanie, et particulièrement la minorité des Rohingyas) que l’on découvre. Wirathu les compare

reproduisent comme des lapins, se dévorent entre eux et détruisent l’environnement. Monstrueux et glaçant, son discours veut faire naître chez les Birmans bouddhistes « la peur de la disparition de la race », titre d’un de ses livres. Il faut éliminer les musulmans, ou ils seront, eux, éliminés… Face à cet apôtre de la haine, Schroeder garde un étonnant sang-froid. Son regard droit, objectif, rend la confrontation impressionnante. Avec ce film, il clôt une « trilogie du Mal », commencée avec les documentaires Général Idi Amin Dada : autoportrait (1974) et L’Avocat de la terreur (2007), sur Jacques Vergès.

La démonstration est magistrale. En menant son enquête, Barbet Schroeder s’interroge. « Les principes du bouddhisme doivent nous permettre de limiter les mécaniques du mal, dit un moine qui s’oppose à Wirathu. Dès lors qu’il y a violence, le bouddhisme est détruit. » Non seulement le bouddhisme n’a rien empêché ici, mais il est même devenu le cheval de Troie de l’horreur. Cette désolation pousse le réalisateur vers une méditation plus universelle – et très actuelle – sur le venin de la parole haineuse… qui pourra faire réfléchir jusqu’en France.