Les 2 Alfred

De Bruno Podalydès. France. 2020. 1h32.
Avec Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Bruno Podalydès…

Séances du 16 au 22 juin

Mer, Ven, Lun : 15h30 – 19h00 – 21h00
Jeu, Mar : 12h00 – 15h30 – 19h00
Sam : 15h00 – 19h00
Dim : 15h00 – 19h00 – 20h50

Un sous-marin plonge dans le tumulte de l’océan. La photo de ce sous-marin illustre un calendrier. Ce calendrier trône sur un meuble de bureau. Il s’agit d’un bureau de banque où, figurez-vous, est assis un banquier. En face du banquier, apparaît Denis Podalydès, pull en laine vert aux motifs sapiniers. C’est ainsi que s’ouvrent les premières secondes de ce film enjoué, donnant le ton à l’heure et demi qui va suivre : on va se moquer, gentiment certes, mais on va bien se moquer. 
La cible de cette nouvelle oeuvre des frères Podalydès est le marché du travail, et plus précisément, le management infantilisant des start-up ou comment un open-space, un saladier de bonbons et un trampoline parviennent à vous faire oublier que vous êtes corvéable h 24. 
Alexandre (que joue donc Denis) est marié à une sous-marinière qui replonge pour une longue mission et dont tout laisse croire qu’elle en pince de moins en moins pour son bonhomme de mari. Livré à lui-même, mais tout de même flanqué du bébé de leur union, il se met en quête d’un emploi. Et, malgré ses maladresses, une start-up branchée et cool, l’embauche pour un travail dont les contours sont assez mal définis et le voilà parti en binôme avec Séverine, sa cheffe éruptive et efficace (jouée par Sandrine Kiberlain). 
La mécanique de soumission aux impératifs du travail, le langage entrepreunarial, l’extrême technologisation des pratiques, le ridicule des outils modernes et des situations sont parfaitement croqués par les Podalydès. Rien n’échappe à leur regard aussi malicieux qu’inquiet dans des successions de gags vraiment très réussis. Le film pourrait être une simple satire sociale de l’environnement au travail si un autre personnage, Arcimboldo (joué par Bruno), ne faisait son apparition. Un peu inventeur, un peu philosophe, un peu je-m’en foutiste, ce personnage tire les autres vers leurs envies fondamentales. Et Les 2 Alfred vire à la poésie comme chez Tati. Une poésie pleine de fantaisie et pleine d’une salutaire stupéfaction face aux évolutions du monde contemporain. 
Bruno podalydès, accompagné de son frère Denis qui souvent co-écrit les scénarios, n’en finit pas de filmer le burn-out de la population française. Comment la société n’en finit pas de réprimer nos êtres et nos désirs et comment la dépression ou le désoeuvrement sont en fait une résistance magnifique à la marche forcée de ce monde : voilà des récurrences de son travail. Quel bonheur de retrouver les jolis frères Podalydès au somment de leur talent comique, poétique et sarcastique !