Les enfants des autres

De Rebecca Zlotowski. France. 2022. 1h43.
Avec Roschdy Zem, Virginie Efira, Yamée Couture…

– horaires du 21 au 27 septembre –

Tous les jours sauf Dim: 14h00 | 20h50
Dim: 14h00 | 20h00

Dans la fiction comme dans l’imaginaire collectif, la belle-mère n’a pas souvent le beau rôle. Pourtant dans la vraie vie, c’est rarement une méchante caricaturale aux ongles crochus : juste une femme qui, en tombant amoureuse, a dû faire de la place, dans son quotidien, à des enfants qui n’étaient pas les siens. Avec Les enfants des autres, présenté en compétition à la Mostra de Venise, Rebecca Zlotowski accorde enfin un peu de nuances à ce rôle si délicat endossé par tant de femmes. Virginie Efira joue Rachel, 40 ans et sans enfants. Quand elle tombe amoureuse d’Ali (Roschdy Zem), elle rencontre aussi son adorable petite fille de 4 ans, Leila. Le film contourne les écueils et, avec une délicatesse bouleversante, évite le conflit à chaque opportunité. Car le retentissement émotionnel de ce nouveau quotidien, pour tous les personnages, est déjà suffisamment riche et complexe.
Rachel est enthousiaste à l’idée de rencontrer Leila, et immédiatement conquise par la petite fille. Elle s’entend également bien avec Alice, la mère de l’enfant. Ce qui ne veut pas dire que son nouveau rôle n’est pas un terrain miné. Rachel doit sans cesse s’adapter, et apprendre à endosser de nouvelles responsabilités (comme le simple fait de prévoir un goûter quand elle va chercher Leila au judo). La pression qu’elle ressent est double: à la moindre erreur avec Leila, Rachel pourrait perdre Ali, et en cas de rupture avec Ali, elle perdrait aussi son lien avec Leila. Virginie Efira livre, comme à son habitude, une performance sensible, capable de nous bouleverser. Tous les enjeux du film sont contenus dans les dialogues, subtils et organiques, où une simple phrase de Leila («Pourquoi Rachel elle est tout le temps là?») agit comme une déflagration.
C’est pour corriger un vide dans les représentations fictives que la cinéaste a voulu faire son film. Comme elle l’explique dans sa note d’intention, le personnage de la belle-mère est «traditionnellement un personnage secondaire, parfois juste une figurante, qui doit s’effacer lorsque l’histoire d’amour se termine. Pourquoi est-ce que cette femme, qui vit une expérience commune –une que j’ai moi-même vécue– n’a jamais été une héroïne de cinéma? Avec Les Enfants des autres, je voulais simplement faire le film que j’avais besoin de voir, en pensant que peut-être d’autres auraient besoin de le voir aussi.»
Que l’on ait un enfant ou non, Les Enfants des autres parvient à réveiller des questionnements intimes sur notre rapport à la parentalité. Son titre fait allusion à Leila, mais aussi à tous les autres enfants des autres que Rachel aime et aide à grandir : ses élèves, ses amis, sa sœur, son neveu…