Un beau soleil intérieur

de Claire Denis. France. 2017. 1h34.
Avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

beau soleil interieur

Horaires du 18 au 24 octobre :

Mer, Sam, Dim, Mar: 12h00 | 19h15
Jeu: 14h30 | 19h15
Ven, Lun: 14h30 | 20h30

Ce film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, dans le cadre du Festival de Cannes 2017

A la source de ce film, la proposition d’adapter Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes qui évoque la folie magnifique et la subversion insensée de l’état amoureux. Refus catégorique des ayants droit. Claire Denis rebondit en s’associant à la cinéaste et romancière Christine Angot dans l’écriture d’un film qui s’inspire, assez drôlement, de leurs expériences malheureuses dans ledit domaine amoureux. Ainsi naît ce Beau soleil intérieur.
Le résultat est une passionnante et surprenante expérience cinématographique, qui emporte quelque chose de l’approche vive et baroque de Barthes du sentiment amoureux, exfiltre la noirceur d’Angot sur le même chapitre, et finalement déporte le cinéma fiévreux de Claire Denis du côté de la comédie sentimentale dépressive, quelque part entre Woody Allen et Chantal Akerman.
L’opération prend la forme d’une rutilante constellation d’acteurs, tous excellents, tournant autour d’un astre qu’incarne magistralement Juliette Binoche. Quinquagénaire un peu paumée, très à fleur de peau, divorcée avec enfant, à la recherche de l’amour véritable, Isabelle, artiste peintre, navigue à vue dans une sociologie et une topographie parisiennes qui semblent vouées à ne fabriquer que du même. Bars, appartements, maisons de campagne, théâtres, galeries, restaurants, commerces de bouche Aussi bien passe-t-elle d’un amant à l’autre comme un bateau glisse, au risque de se briser, entre un chapelet d’écueils. Xavier Beauvois y pose, avec une gourmande nonchalance, en banquier marié et goujat (« j’arrive du Brésil, j’ai une envie folle de te niquer »). Philippe Katerine est le voisin sympa et déprimé, tentant à chaque fois le plan « invitation au pied levé » sans y croire une seconde. On croise bien d’autres personnages encore.Tous ne peuvent être cités,il y en a trop.
Cette épopée du désenchantement mène droit à une scène d’essence surréelle et radieuse, au cours de laquelle Isabelle consulte en la personne délicate de Gérard Depardieu, dans une partition infiniment douce et évasive, un voyant. Ici, le langage ne sert plus à définir ou à conquérir, il est un onguent passé comme un velours sur l’âme de la souffrante, une pommade messianique annonçant la venue d’une « nouvelle personne »… Scène d’anthologie, assurément, du cinéma français, petite merveille atmosphérique.

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