Une famille heureuse

De Nana Ekvtimishvili, Simon Groβ. Géorgie, Allemagne, France. 2017. 1h59. VOST
Avec Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava …


du 24 au 30 mai :

Mer, Ven: 14h00 I 20h00
Jeu, Sam, Dim: 14h00 I 17h50
Lun, Mar:
14h00 I 20h30


La première raison de voir ce film intelligent et délicat pourrait relever de l’exotisme, qui parfois a du bon : voir des images, prendre des nouvelles de la Georgie, pays lointain et bien mystérieux pour la plupart d’entre nous… Ceci étant dit, nul besoin de s’intéresser particulièrement à la Géorgie pour être touché par le film, dont le propos et la portée sont universels. Car ce qui arrive aux protagonistes d’Une famille heureuse – le titre est doucement ironique – pourrait concerner à quelques spécificités culturelles près n’importe quelle famille de nos contrées. Ce dont il est question, c’est l’usure naturelle du temps qui passe, c’est la destruction des liens forts et de tout un tas de belles choses par ce tueur implacable qu’est l’habitude. Ce dont il question, ce sont les choix qui peuvent s’imposer à chacun d’entre nous pour faire rebondir sa vie lorsque l’âge mûr arrive puis s’installe.

Manana est une quinquagénaire équilibrée qui vit depuis 25 ans avec son mari Soso, un homme tendre et prévenant, mais aussi avec ses vieux parents, son fils, sa fille et son gendre qui s’est peu à peu incrusté au sein du foyer. Tout ce petit monde est rassemblé dans un appartement agréable mais un peu exigu pour une telle smala ! Une famille géorgienne ordinaire, pour qui le quotidien est parfois bruyant et compliqué, la confrontation entre les générations s’avérant conflictuelle et folklorique, entre papy un peu gâteux, grand-mère d’une exubérance très méditerranéenne, jeunes un peu sans gêne et parents au milieu… qui supportent tout ça la plupart du temps en silence. Un seul truc dénote dans ce chaos somme toute harmonieux : le côté dépressif et taciturne de Manana, que rien ne semble devoir illuminer. D’ailleurs ce jour-là est celui de son 52 anniversaire et elle n’a en rien envie de le fêter. Cependant nous sommes en Géorgie et on ne rate jamais une occasion de boire et festoyer, et famille, collègues, voisins s’invitent d’eux-mêmes, ce qui a pour résultat de pousser Manana à se replier davantage encore sur elle-même… Et le lendemain, elle annonce à Soso qu’elle veut le quitter, abandonner la maison pour vivre seule. La nouvelle plonge évidemment toute la famille dans l’incompréhension, et ils ont beau faire, rien ne semble pouvoir la faire changer d’avis… On ne vous dévoilera pas la suite, mais ce n’est que le début d’un engrenage où vont apparaître au grand jour les petits secrets plus ou moins avouables de chacun.

Le film est tour à tour drôle, acide, subtil, parfois bouleversant. Aucun des personnages n’est blanc ou noir, aucun n’est jugé́. Une chronique familiale intelligente et sensible.

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