Les malheurs de Sophie

De Christophe Honoré. France. 2015. 1h26.
Avec Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin… Dès 6 ans.

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– du 22 février à fin avril –

Malheurs de Sophie, mais bonheur de Christophe ! Porter à l’écran l’immarcescible roman de la comtesse de Ségur ainsi que son complément d’objet direct, Les Petites Filles modèles, était en effet un drôle de défi : comment, en 2016, raconter les incessantes bêtises d’une pauvre petite fille riche dans son château normand sans tomber dans l’illustration à l’ancienne, le cinéma régressif, la nostalgie mielleuse, le sucrier de Jean-Claude Brialy ou la soupe au chocolat de Chantal Goya ?

Christophe Honoré, le cinéaste des Chansons d’amour qui est aussi, on le sait moins, un prolifique romancier pour la jeunesse, a trouvé l’art et la manière. S’il est merveilleusement fidèle à l’œuvre originelle, il ne cesse, par petites touches, de l’asticoter, de la bousculer, de la détourner, de la lézarder, de la renouveler et finalement de l’exalter.

Il ose parfois faire parler les adultes face caméra, glisse des animaux de dessin animé dans le somptueux parc des Réan, rythme les scènes avec la musique endiablée d’Alex Beaupain, réinvente et embellit le personnage de la mère avec la sublime Persane Golshifteh Farahani, métamorphose l’hilarante Muriel Robin en une effrayante marâtre, et surtout, surtout, réussit l’impossible : mettre dans la bouche des enfants, Sophie en tête (Caroline Grant), des dialogues très écrits, comme des répliques de théâtre.

Car, ici, tout est littéral et allégorique, léger et grave, désuet et neuf, angélique et démoniaque. C’était la meilleure façon, pour Christophe, d’honorer la mémoire et de Sophie Rostopchine et de Sophie de Réan.

La bande-annonce ICI.